
La Forêt d’Iraty et les Basajaun : légende basque et gardiens de la montagne
Il est des forêts où le silence n’est jamais vide.
Vaste océan de hêtres et de pâturages d’altitude, le promeneur attentif ressent parfois une présence diffuse. Un souffle ancien. Comme si la montagne observait encore ceux qui la traversent.
Depuis des siècles, les Basques racontent que ces forêts sont gardées par des êtres mystérieux : les Basajaun.
Crédit photo : Labarriere Immobilier
Les Basajaun, gardiens du monde sauvage
Dans la mythologie basque, le Basajaun est une créature à la frontière de deux mondes.
Mi-homme, mi-bête, couvert de poils, doté d’une force prodigieuse, il incarne l’esprit même de la nature. Son nom signifie littéralement « le seigneur de la forêt ».
Loin d’être une figure malveillante, le Basajaun est avant tout un protecteur :
- il veille sur les troupeaux,
- prévient les bergers des tempêtes à venir,
- protège les forêts contre les abus,
- et punit ceux qui exploitent la montagne sans respect.
Dans les récits anciens, un cri étrange dans la forêt, une empreinte inhabituelle ou un vent soudain étaient parfois interprétés comme un avertissement : le Basajaun n’était pas loin.
Une légende profondément enracinée dans la vie pastorale
Ces légendes ne sont pas nées par hasard.
La Forêt d’Iraty a longtemps été un territoire rude, isolé, soumis aux caprices du climat. Les bergers vivaient en symbiose avec la montagne, dépendants de ses ressources mais aussi exposés à ses dangers.
Le Basajaun symbolisait cette relation fragile entre l’homme et son environnement :
- respecter la forêt, c’était être protégé,
- la mépriser, c’était s’exposer à sa colère.
Avant même les discours écologiques modernes, ces récits transmettaient une règle essentielle : la nature n’est pas un décor, elle est un être vivant.
Entre mythe et sagesse ancestrale
Aujourd’hui encore, même si l’on n’aperçoit plus le Basajaun au détour d’un sentier, son esprit demeure.
Dans le silence d’Iraty, dans la brume qui monte entre les arbres, dans le craquement d’une branche, la légende continue de murmurer.
Elle nous rappelle que certaines connaissances ne s’écrivent pas dans les livres, mais se transmettent par les histoires, les symboles et le respect du vivant.
La Forêt d’Iraty n’est pas seulement un espace naturel remarquable.
C’est un lieu de mémoire, un territoire habité par l’imaginaire, où l’homme n’est jamais totalement seul.
Et peut-être est-ce pour cela que l’on s’y sent si petit… et paradoxalement, si profondément à sa place.